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Le Pdci invite le Rdr à la maison et à la raison (Côte d’Ivoire)

Rdr à la maison
Henri Konan Bedié, ancien chef de l'Etat ivoirien et président du Pdci

« L’oiseau ne fâche jamais avec l’arbre » avait coutume de dire le sage de Yamoussoukro, le président Félix Houphouët-Boigny, fondateur du Pdci.
C’est ce que semble rappeler le Pdci à son allié le Rdr, sorti de ses rangs mais gagné par l’envie de phagocyter le Pdci.

« Le Pdci est le parti père, que les enfants rejoignent le Pdci et ensemble, nous allons bâtir cette Côte d’Ivoire plus harmonieuse » a déclaré le porte-parole du Pdci, le ministre Jean-Louis Billon, samedi à Yamoussoukro lors de la cérémonie d’hommage national des cadres du parti fondé par Félix Houphouët-Boigny, au président Henri Konan après avoir annoncé que « Le Pdci aura son candidat pour les élections de 2020 ». Une adresse au Rdr qui coupe ainsi court au débat au sein du Rhdp (Rassemblemnt des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix), sur l’alternance. C’est donc très clairement que le Pdci appelle au retour du Rdr à la maison.

La position de Henri Konan Bédié, qui avait succédé à la tête de l’Etat à Félix Houphouët-Boigny, au décès de ce dernier en décembre 1993, était très attendue sur cette question. Il avait reçu beaucoup de leaders politiques Ivoiriens ces derniers temps après la visite que lui avait rendu le ministre Eric Kahe, président de l’Alliance ivoirienne républicaine et démocratique (Aird) l’été dernier à Paris. Si rien n’a filtré de cette visite, le président de l’Aird a reçu le soutien de la délégation générale du Pdci en France lors de la rentrée politique du 24 février à Paris. Une rentrée politique marquée par la présence de tous les leaders de la Diaspora proches de Laurent Gbabgo.
De son côté, Affi N’Guessan n’avait guère caché son souhait d’une alliance avec le Pdci pour la normalisation du climat socio-politique, au sortir d’une rencontre avec Bédié. Les formations réunies au sein de la plate-forme Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (Eds) et dont le référent politique est Laurent Gbagbo avaient été même annoncés – par la rumeur – à Daoukro, village natale du président Bédié.

  • Ramener le Rdr à la fois à la maison et à la raison et tempérer ses appétits

Cette réponse est tombée ce week-end à Yamoussoukro, capitale politique du pays. Par la voix de Jean-Louis Billon, Henri Konan Bédié, le sphinx de Daoukro, a voulu ramener le Rdr à la fois à la maison et à la raison et tempérer ses appétits. « Au départ vous êtes tous partis du Pdci. Le Pdci conservera son nom. On n’a jamais vu un enfant demander au père de prendre le nom de l’enfant. Le Pdci est le parti père, que les enfants rejoignent le Pdci et ensemble, nous allons bâtir cette Côte d’Ivoire plus harmonieuse », a martelé le porte-parole de l’ancien parti unique, qui a perdu le pouvoir en décembre 1999, à la suite d’un coup d’Etat dont il n’a certainement pas oublié les principaux bénéficiaires et acteurs de l’ombre.

Retour du Rdr à la maison
A Yamoussoukro ce week-end, le ministre Jean Louis Billon a invité le Rdr à la maison et à la raison.
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Qualifiée, par les partisans de l’opposition ivoirienne, de contre nature, l’alliance politique entre le Pdci et le Rdr a permis de chasser Laurent Gbagbo du pouvoir en 2011 après une sanglante crise postélectorale née de la proclamation solitaire – la Cei se prononce en formation – de résultats hors délai constitutionnel et non consolidés, au QG de campagne du candidat Alassane Ouattara, par le président de la Commission électorale indépendante (Cei), Youssouf Bakayoko, un cadre du Pdci (Parti démocratique de Côte d’Ivoire, membre de la coalition Rhdp au pouvoir).

  • Personne ne dévira de la trajectoire de cette feuille de route

En 2015, contre l’avis de certains barons de son parti, Henri Konan Bédié avait consenti à Alassane une candidature unique en échange d’une alternance en 2020, qui ferait d’un candidat issu du Pdci, le candidat unique du Rhdp pour la présidentielle de 2020.

Sans véritabement trancher cette question, le Rdr semble privilégier la formation du parti unifié. Par ce concept, le Rhdp doit devenir un seul parti. Le Rhdp est actuellement composé de 4 principales formations politiques qui ont du mal à s’accorder sur le parti unifié. L’Udpci de Mabri Touakeuse sait qu’elle a peu de chance de voir son mentor être le candidat du Rhdp pour une élection présidentielle si le Pdci et le Rdr ont déjà du mal à jouer franc jeu l’un avec l’autre. « Déjà qu’une bonne entente entre ces deux plus grandes formations du Rhdp nous releguerait au rôle d’accompagnateur » confie un cadre Udpci.

Sentant l’eau dans le gaz, Alassane Ouattara, chef de l’Etat et par ailleurs président d’honneur du Rdr a récemment envoyé un émissaire auprès de Bédié pour relancer la finalisation du parti unifié. Coincé par Bédié qui voudrait que le parti unifié – logiciel de mort programmé du Pdci – n’intervienne qu’après la résolution de la question de l’alternance, Alassane Ouattara aurait été agacé.

Le Pdci a préféré sans doute prendre le devant des choses pour s’éviter une humiliation et du retard sur la préparation de la prochaine présidentielle et son annonce est surprenante pour qui connaît l’attentisme de Bédié et les habituelles hésitations de son porte-parole, Jean Louis Billon.

Ironie du sort c’est à Jean Louis Billon, suspendu de sa présidence de région, qu’il est revenu de faire cette annonce. Le président de la région du Hambol (au Centre-Nord de la Côte d’Ivoire), avait été suspendu sine-die de ses fonctions par une décision administrative suite à des tensions entre lui et des élus du Rdr, le parti de Alassane Ouattara.

Selon une source proche du dossier, c’est Hamed Bakayoko, alors ministre d’État, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, qui a proposé la suspension de Jean-Louis Billon lors de la séance hebdomadaire du conseil des ministres du 12 juillet 2017, en présence du chef de l’État, Alassane Ouattara. Cette mesure « conservatoire » qui semble s’éterniser avait été jugée de «décision illégale du gouvernement au regard des textes qui régissent les conseils régionaux» par Paul Ouattara, conseiller régional proche de Billon.

En osant inviter le Rdr à retourner à la maison, le Pdci joue gros. Le parti compte en son sein des personnalités qui ne souhaitent rien risquer de leur position actuelle. L’on se souvient du sort qui avait été réservé à Mabri et à l’Udpci suite à leur refus du partage du gâteau des législatives. Gnamien Yao a lui aussi, non seulement perdu son poste ministériel mais également son parti politique pour avoir osé présenter aux législatives d’autres candidats que ceux autorisés par le Rdr.

Comme pour se démarquer du Rdr, accusé d’être un parti violent et parrain de la rébellion qui a coupé le pays en deux pendant 8 ans, le porte-parole du Pdci enfoncera le clou en ses termes « Certains d’entre nous nous qualifient de torpilleurs du Rhdp. Nous ne sommes pas des torpilleurs. Nous ne prenons pas les armes. Le PDCI est un parti de paix et de dialogue« .

Cet hommage à Bédié va-t-il être le catalyseur qui va accélérer le remaniement ministériel ?

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